Confession d’une psychologue jugementale

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Nous sommes tous des produits de l’environnement dans lequel nous avons grandi. Comme chacun de nous, j’avais été programmée à appréhender et à jauger les gens en me basant sur les valeurs de ma famille, mes convictions religieuses ainsi que les règles morales de ma communauté. Exercer la profession de psychologue est une expérience assez délicate pour nous, car il nous arrive aussi d’avoir tendance à juger les autres en partant de nos propres principes. Connaissant ceci, j’essaye de faire les choses différemment du moment que je peux. Honnêtement parlant, de fois j’y arrive et d’autres fois non. Même si j’apparais être une « anticonformiste » et je me présente comme une avocate du respect de la différence, il m’arrive aussi de tomber dans le piège de jugement comme tout être humain.

L’histoire que je vais vous raconter est celle de mon amie Gradie. Elle est une mère célibataire qui mène une bataille contre les préjugés d’une société encline à toujours critiquer et imposer une conduite « normale » que les femmes devraient suivre afin de recevoir le trophée de « fille exemplaire ». Tomber enceinte en dehors du toit conjugal est considéré de nos jours comme un crime dans la plupart de nos sociétés africaines où le sexe en soi est un sujet tabou. Suite à une éducation sexuelle échouée, beaucoup de filles se retrouvent enceinte à un très jeune âge. Beaucoup d’entre elles n’ont aucun moyen de s’occuper de leurs enfants si elles les laissaient naître car la plupart d’auteurs de grossesses finissent toujours par refuser d’assumer leurs responsabilités. Ceci conduit beaucoup de jeunes demoiselles à prendre cette décision difficile de pratiquer sur elle-même des interruptions volontaires de grossesse qui mettent souvent leurs vies en danger. Car elles ne veulent pas porter ce nom de « fille-mère » et subir tous les sors qui viennent avec le fait d’avoir un enfant hors mariage. Je dis toujours qu’il ne peut pas y avoir une fille-mère sans un garçon-père car un enfant se fabrique à deux. La société devrait aussi commencer à imposer un sort à ces garçons-pères car nous sommes conscients de leur existence, nous les connaissons tous et nous les voyons se ballader librement après chaque scandale de grossesse accidentelle. Je suis sûre que nous connaissons aussi une fille qui est décédée suite à une interruption de grossesse qui avait mal tournée. Donc, cette décision n’est pas une décision facile à prendre pour ces jeunes filles sachant qu’elles sont entrain de mettre leurs propres vies en danger.

 

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L’histoire que je vais vous raconter date d’il y a une année. En Septembre 2017, j’avais appris que l’une de mes amies les plus proches était enceinte. Ma première réaction était: « Comment pouvait-elle être enceinte sans me dire? Mais moi je prend toujours la peine de lui annoncer toutes les grandes nouvelles qui arrivent dans ma vie. Pourquoi a-t-elle fait ça?… Ma conclusion était qu’elle ne me considerait plus comme son amie. Que je n’occupais plus cette place spéciale que j’occupais jadis dans son coeur ?  » J’avais passé la nuit à me poser une multiple de questions qui en réalité n’étaient qu’égoïstes et dont les réponses (au cas où j’en recevais d’elle) ne pouvaient que satisfaire mon égo. Je n’avais pris aucune minute pour penser à elle. Comment allait-elle ? A-t-elle choisi d’avoir ce bébé par sa propre volonté ? Est-elle en bonne relation avec le père de son bébé ? Est-elle en bon santé présentement ? Son bébé évolue-t-il bien dans son ventre?
Oui, je sais qu’étant une psychologue, je suis sensée être bien informée des changements qui s’opèrent du point de vue mentale et psychologique d’une femme enceinte. J’étais en même temps être censée de la comprendre mieux que qui que ce soit mais je n’y suis juste pas arrivée. Mon égo l’avait remporté sur mon raisonnement.
J’avais décidé de me fâcher contre elle et conclu qu’il fallait que j’ignore son existence car c’est ce qu’elle voulait. En même temps, c’était difficile pour moi d’y arriver. Mon humanisme me tirait du côté opposé à ma décision. J’étais en bataille avec moi-même. J’étais émotionnellement trop faible pour arriver à arrêter de penser à elle. J’étais tout le temps entrain de chercher ses nouvelles et de la mentionner dans la plupart de mes conversations.
Enfin est venu ce jour où elle avait accouché. Je l’avais appris sur une plateforme des réseaux qu’elle utilisait quand elle avait décidé de poster les photos d’elle étant enceinte et celle de son bébé. C’était une goûte d’eau qui avait fait déborder la vase. J’étais devenue très furieuse. Une fois de plus, je ne pouvais pas m’imaginer qu’elle était sûrement débordée par la venue de son bébé et tout le reste. Comme d’habitude, tout devrait tourner autour de moi, moi et encore moi.

Quelques jours après avoir mis au monde, elle m’avait envoyé un message pour s’excuser de s’être éloignée et m’avait expliqué pourquoi elle avait pris cette décision. Elle m’avait aussi envoyé les photos d’elle et du bébé. J’avais honte, je me suis condamnée de n’avoir pas été là pour elle quand elle souffrait et de ne l’avoir pas appelée pour lui demander de ses nouvelles quand j’avais su qu’elle était enceinte. Mon regret est que ce temps est déjà passé et ne reviendra sûrement plus. Je sais que c’est impossible pour moi de me rattraper. J’essaye juste comme je le peux d’être là pour elle comme je le peux et quand elle a besoin de moi. Elle a dit récemment que beaucoup de gens l’enviaient car elle n’avait pas développé un masque de grossesse. Sa réponse à leurs préoccupations était que son masque se trouvait dans son cœur qui était alourdi par ce stress continu. Mais elle avait été de s’en débarasser car elle avait eu la chance de consulter un thérapeute qui l’avait aidé à faire la paix avec le fait d’être enceinte et de surmonter cette dure épreuse. Personne ne pouvait voir les signes du stress qu’elle endurait car nous sommes tous beaucoup plus préoccupés par l’image extérieure que les gens présentent. Il nous est très difficile de faire attention à la souffrance intérieure de nos proches.
Je crois aussi que Dieu avait jugé bon de lui a épargné d’un masque de trop. Elle avait en même temps donné naissance à un incroyable bébé qui est toujours de bonne humeur. Son bébé a fêté son premier anniversaire il y a deux jours. Je profite de cette occasion pour lui souhaiter qu’il grandisse avec ce beau sourire.

Je partage cette histoire avec vous pour qu’il n’y ait pas quelqu’un de votre entourage qui devrait subir ce que Gradie avait pu subir juste parce que la société la considère comme une faille. Je la partage aussi afin que nous apprenions à faire attention à la souffrance des gens qu’on aime afin de leur venir en aide quand ils ont besoin de notre assistance.

 

P.S: J’espère que vous avez passé du bon temps en me lisant. Vous pouvez suivre le blog afin d’être au courant de la publication de nouvaux articles. N’oubliez pas de faire un tour sur le blog entier afin de lire les autres articles sur la santé mentale en général et sur l’auto prise en charge. Et au cas où vous voulez entrer en contact avec moi, vous pouvez trouver les détails de correspondance dans le menu « CONTACT ».

Soyez tous bénis et veillez toujours vous souvenir que l’hygiène de votre mentale est aussi importante que celle de votre physique. Prenez-en soin!

SarahN❤

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2 commentaires sur « Confession d’une psychologue jugementale »

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